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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 07:01

Rencontre avec J.A. Bertrand à propos de J'aime pas les autres

 

Comment est venu votre goût pour l’écriture ?

Je sais exactement comment j’ai eu envie de devenir écrivain. J’avais dix ans et demi, j’ai eu une opération du genou et je suis resté allongé pendant un mois. A l’époque on n’avait pas la télévision et j’ai énormément lu. Puis à un moment donné j’ai eu envie de raconter l’opération, assez traumatisante. Cela m’ donné d’abord une distance, j’ai pu développer un petit sourire et une distance par rapport à moi-même et puis quand j’ai fait lire ce texte ça a fait rire mes parents, mes amis. Je me suis dit que raconter la vie c’était encore mieux que de la vivre. Quand on la raconte, on peut l’arranger à sa façon.

 

A quel âge avez-vous publié votre premier livre ?

J’ai publié un petit recueil de poèmes quand j’avais dix-neuf ans. J’ai abandonné le journalisme pour faire de la littérature à 30 ans. J’avais déjà publié des livrets, des poèmes, des nouvelles…

 

Quelles études faut-il faire  pour être écrivain ?

Il n’y a pas vraiment d’étude pour devenir écrivain. Il faut bien travailler la langue, le français. Moi j’avais choisi la fac de lettres mais on peut faire des tas de choses : il y a beaucoup de médecins, de professeurs qui publient des livres.

Il n’y a pas vraiment d’école pour devenir écrivain. Moi j’avais choisi l’école de journalisme pour rencontrer des gens, pour me balader un peu, pour continuer d’une certaine façon à faire des études générales et je ne l’ai pas regretté.

Mais c’est en écrivant qu’on devient écrivain, mais d’abord en lisant.

La lecture c’est une façon de s’imprégner de l’écriture. La lecture permet de développer la mémoire. Avec les jeux vidéo, le cinéma, on développe une mémoire visuelle. Pour moi la lecture c’est beaucoup plus libre. On est libre en lisant. L’auteur fait une partie du chemin mais le lecteur fait une autre partie, il se trouve, il se cherche dans ce qui est écrit. Et puis lire c’est une façon d’apprendre la langue. Par exemple je ne pourrai aps être professeur de français car je n’ai plus les règles de grammaire en tête. Par contre je les ai à l’oreille parce que j’ai beaucoup lu donc je connais  la concordance des temps et le subjonctif à l’oreille et je n’ai pas besoin de réfléchir. Sans parler du vocabulaire bien sûr. Si on enrichit son vocabulaire on enrichit en même temps son horizon et sa manière d e penser.

 

Combien de livres avez-vous écrit ? Quel est votre préféré ?

J’en suis à 19 livres parus, je viens de remettre le manuscrit du 20e.

Cela c’est difficile. J’aime bien peaufiner mes livres quand je les donne à éditer j’ai bien travaillé donc c’est quelque chose dont je suis satisfait. Il n’y a pas de livre que je regrette. J’ai une tendresse particulière pour certains livres comme La petite fille qui se souvenait d’avoir parlé avec l’ange. Parce que c’est lié à un travail sur l’enfance et l’acquisition du langage et j’avais pris pour modèle une petite nièce qui était plutôt en avance et quand j’ai écrit le livre elle avait 7- 8 ans et j’ai raconté son histoire jusqu’à 20 ans. J’ai imaginé ce qu’elle allait vivre jusqu’à 20 ans par exemple j’avais imaginé qu’elle faisait des études de lettres et qu’au dernier moment elle renonçait à Normale sup et c’est ce qu’elle a fait. J’aime bien tous mes livres.

Etre écrivain, c’est avant tout observer, écouter. J’ai une grande habitude d’observer dans le train dans le bus dans les restaurants et cela doit développer une espèce de sensibilité.

 

Avez-vous toujours le même éditeur ?

De ma génération je suis peut-être le seul écrivain français qui ait publié une vingtaine de livres et qui ait encore le même éditeur. D’abord il a tout de suite eu confiance en moi et puis il m’a beaucoup aidé car ce n’est pas toujours facile de vivre de sa plume et lui il m’a toujours soutenu alors évidemment on est des amis maintenant.

 

Combien de temps mettez-vous pour écrire   un livre  en général ? Et J’aime pas les autres ? Quelles sont les différentes étapes pour écrire un livre ?

J’écris des livres courts, je ne mets pas beaucoup de temps à les écrire mais à les préparer, à y penser, à choisir un sujet, à prendre des notes, il y a une période pendant laquelle on a l’impression qu’on ne fait pas grand chose mais on réfléchit, on prend des notes qu’on ne va pas forcément utiliser, on a d’autres lectures. On tourne en rond, on a plusieurs idées de livre puis on décide ce livre-là. Quand je commence à écrire j’avance très rapidement, les derniers livres cela doit représenter 4 mois de travail mais 4 mois pleins. Au début on écrit un peu plus lentement puis à un moment donné il faut plonger, sinon on ne termine pas et à partir de ce moment-là, c’est assez intensif.

Pour J’aime pas les autres, ce fut encore plus court car j’étais devant la perspective d’une opération assez grave, à risque, et je voulais absolument terminer ce livre avant d’entrer à l’hôpital et j’ai remis le manuscrit la veille de mon entrée. Je l’ai écrit en 3 mois mais c’est un livre presque autobiographique  et c’est vraiment le fil de la mémoire, il n’y a pas eu de travail de recherche.

Quand j’écris un livre je le sais par cœur car chaque fois qu’on s’arrête, il faut tout reprendre pour bien rester dans le ton, on relit ce que l’on a écrit la veille et c’est là dessus qu’on doit continuer ; à la fin du livre on l’a relu tellement qu’on le sait par cœur.

 

Pourquoi presque autobiographique ?

La vie c’est toujours un peu romancé, quand on raconte sa vie on a toujours tendance à enjoliver un petit peu à gommer les détails qui pourraient être désagréables. Quand un écrivain raconte une autobiographie, c’est quand même un peu un roman. On change les noms, on change les lieux pour ne pas mettre en cause trop de gens. C’est en grande partie autobiographique puis c’est en partie un roman mais je suis convaincu que toutes les autobiographies sont plus ou moins un roman.

 

Pourquoi  vos derniers livres ont-ils «  les autres » comme titre ?

Eh bien, parce que ça fait une petite série avec  Les sales bêtes.  Vous avez remarqué que les titres sont écrits dans un français un peu incorrect, je l’ai fait volontairement pour que cela n’ait pas l’air trop sérieux ; c’est quand même une boutade ; si  j’avais titré « Je n’aime pas les autres », d’abord ça sonne un peu moins bien, et puis ça fait affirmation ; ça fait enfant, c’est familier.

 

Quel sera votre prochain livre ?

Mon prochain livre sera un recueil de nouvelles sur le thème du mariage, chaque nouvelle a un rapport avec un mariage : en Afrique, en Thaïlande, à Londres…

 

Avez-vous beaucoup de lecteurs ?

J’ai assez de lecteurs mais pas un grand nombre ; mais c’est un lectorat fidèle ; je rencontre souvent des gens qui ont tous mes livres.

 

Etre écrivain permet de gagner sa vie ou pratiquez-vous un autre métier ?

Ce n’est pas toujours facile de vivre de sa plume même les auteurs qui ont le prix Goncourt et vendent beaucoup de livres,  l’année suivante ils  ne vendent pas forcément beaucoup de livres. J’ai eu la chance d’être soutenu par un éditeur. Je fais de temps en temps encore des reportages, des journaux de voyage pour des revues comme Géo ou Grands reportages  puis je collabore depuis une vingtaine d’années à France-Culture, à l’émission Les Papous dans la tête, mais ce n’est pas de gros cachets…

Les textes de Les autres, c’est rien que des sales types ont d’abord été écrits pour l’oral puis récrits. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de vous relire à haute voix quand vous écrivez un texte ; cela vous rendra beaucoup plus facile de corriger, de rendre une phrase plus harmonieuse, de sentir la ponctuation nécessaire, et cela vous donnera envie d’essayer d’écrire un peu mieux.

 

Quel genre de journalisme avez-vous pratiqué ?

Un journalisme plutôt culturel : théâtre, cinéma, télévision, livres, beaucoup de reportages sur la chanson  pour Télérama,  le Nouvel observateur, Pilote

 

Cela ne vous gêne pas de raconter votre vie ? Pourquoi écrivez-vous des autobiographies ?

Non, ça m’amuse, il n’y a pas d’autobiographie totalement vraie, même quand  on n’écrit pas une autobiographie on raconte plus ou moins sa vie. Un livre c’est un peu un portrait en creux d’un écrivain.

Parler de Beauvoir et de Sartre dans  J’aime pas les autres, ou de mon voyage sur un bateau dans Le Pas du loup c’est une façon de prendre un peu de distance ; comme c’était trop chargé d’émotion de parler de ma mère, j’ai utilisé le décalage dans le fait de raconter cette croisière comme un voyage d’aventure.

 

Comment votre famille réagit-elle face à vos livres ?

Ma famille a pris plutôt bien mes œuvres autobiographie, j’ai été encouragé.

 

Réflexion sur des travaux d’élèves.

La culture ce n’es t pas celle d’aujourd'hui, de demain, d’hier, il n’y a pas de date,  c’est l’histoire de l’évolution humaine ; la culture c’est défléchir à ce qu’on vit, à ce qu’on a vécu, à ce qu’on pourrait vivre, et le partager avec un peu d’art, un peu d’humour

 

J’aime pas  les autres 

Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de ce livre ?

Le fait de se trouver devant un danger, un vrai risque, on a tendance à faire un retour sur soi-même, à penser au passé et donc j’ai eu envie de faire un bilan, un retour sur moi-même. Souvent c’est une phrase qui donne envie d’écrire, là c’est le premier paragraphe du livre.

Si vous n’aviez pas été malade, auriez-vous écrit le livre de la même manière ?

Certainement non.

 

Etes-vous responsable du choix de la couverture de l’édition de poche et sinon qu’en pensez-vous ?

Quand  c’est une édition de poche, il faut savoir que l’éditeur revend les droits à un autre éditeur et l’auteur n’a plus grand chose à dire ;  ce n’est donc pas moi qui l’ai choisie, mais je la trouve assez amusante.

 

Pourquoi avez-vous changé votre nom dans le livre ?

D’abord parce que ça m’amusait, c’est une façon de créer une distance…

 

En voulez-vous toujours à votre père ?  Etait-il vraiment tel que vous le décrivez ?

Celaa dépend des lecteurs, certains trouvent mo père très sympathique. Benoîte Groult m’a écrit pour me dire qu’elle aimait beaucoup le livre et qu’elle trouvait le personnage de mon père très intéressant , très sympathique. Il faut dire que mon père était quelqu’un de très autoritaire et que moi j’ai toujours été un petit peu rebelle aux autorités.

A la fin de sa vie après la mort de ma mère et de mon frère, il est tombé malade et dans les deux dernières années, on a eu le temps de s’entendre mieux et maintenant quand je me regarde dans ma glace, j’ai l’impression de le voir et je me suis rendu compte que je lui ressemble beaucoup plus que ce que je croyais.

 

Pourquoi ne parlez-vous pas beaucoup de votre mère, de votre frère et de votre fils  dans ce livre ?

J’envisage d’écrire la suite de J’aime pas les autres. J’ai déjà consacré un livre à ma mère et à mon frère.

 

Pourquoi ces références constantes à Sartre et à Beauvoir ?

En littérature, je préfère Beauvoir à Sartre. Cela crée un décalage, j’ai inventé des discussions c’est aussi une façon de prendre un peu de distance.

 

N’aimez-vous réellement pas les autres ?

Non, j’adore les autres, j’adore tous ceux qui m’aiment. Je commence à avoir une certaine expérience pour les reconnaître.

 

Etes-vous satisfait de ce livre ?

Oui et en même temps  c’est la fin d’un cycle, j’ai beaucoup travaillé les chroniques, les petits portraits,

je pense que je suis arrivé à une bonne maîtrise, j’ai écrit des nouvelles je travaille sur un roman qui n’est pas du tout autobiographique.

 

La sexualité dans le livre

Là cela me semblait important de parler de la sexualité, les garçons ne savent pas grand chose, il y a encore beaucoup  de progrès à faire pour que les garçons respectent les filles. Les garçons n’apprennent rien sur eux tant qu’ils ne comprennent pas l’autre sexe. Tant qu’on ne respecte pas et qu’on n’essaie pas de comprendre l’autre, on ne se connaît pas soi-même et on ne vit pas très bien.

 

Réactions des élèves

J’ai beaucoup aimé qu’il vienne car il répondu à nos questions, il nous a bien expliqué comment devenir écrivain. Naomi

 

Il avait l’air d’être gêné, il ne m’a rien apporté de nouveau mais cela a été sympa de rencontrer un auteur. J’ai découvert comment un écrivain s’y prenait pour écrire un livre. Faiza

 

Ce qui m’a le plus plu, c’est que l’auteur ne mentait pas. Il nous a bien raconté comment et combien de temps il a mis pour écrire son livre et les passages où il a mis un peu plus de temps. Il nous a bien dit son parcours depuis qu’il a écrit son livre, ses projets et les réactions de sa famille. Chloé Ga…

 

Cette visite a accru mes connaissances grâce à un moment d’échange entre un écrivain et des lecteurs. Ceci permet de mieux cerner le point de vue de l’auteur, ses intentions, ses manières d’écrire et de faire de l’humour. Mathieu

 

J’ai appris que pour être écrivain, il faut le vouloir et pour écrire un livre et le finir, il faut être dans son histoire à fond et lire beaucoup. Cette rencontre m’a particulièrement plu et m’a intéressé. Adrien B.

 

Il nous a bien expliqué sa vie, son œuvre. Il avait l’air très sympa et aussi très grand. A peu près tous les points qu’il a abordés m’ont intéressé. Il a eu l’air d’apprécier les montages sonores et les textes de Timothée, de Chloé et Marine. Il a beaucoup aimé celui de Benjamin. Il a rectifié certains de mes camarades quand cela était nécessaire. Je n’oublierai pas cette rencontre…Journée de la gentillesse. David P.

 

C’était bien car on n’a pas souvent l’occasion de rencontrer un auteur. Il a répondu en les développant aux questions qui lui ont été posées. Il a commenté nos textes ainsi que les montages sonores. Il nous a expliqué certaines choses que l’on n’avait pas comprises. Il a été sympathique avec nous. Timothée

 

C’est agréable qu’un auteur vienne, surtout un auteur dont  on a lu le livre. Il a répondu clairement à toutes les questions. Je pense qu’il aime jouer avec les mots. Je pense aussi qu’il m’a ouvert l’esprit et qu’il m’a donné envie de lire des livres de ce type. Il m’a donné envie de LIRE alors qu’avant je n’appréciais pas bien la lecture à cause de ma dyslexie. Merci à vous d’avoir organisé cela ! Sébastien

 

Ce fut une rencontre intéressante, passionnante, extraordinaire, les livres de l’auteur ont l’air d’être émouvants. L’auteur a l’air d’être très sympathique. Je vais essayer de lire plusieurs de ses livres.

Adrien G.  PS : journée de la gentillesse.

 

Cela m’a intéressé, parce que je trouve qu’il a beaucoup d’humour. .. J’aimerais bien lire La petite qui se souvenait de l’ange et le Pas du loup. J’ai bien aimé la façon dont il a commencé à écrire, après son opération… Marine

 

Cela m’a plutôt plu de voir un auteur s’exprimer devant moi ; savoir comment il a commencé sa carrière, connaître sa vie d’auteur. Anthony

 

Cette rencontre avec Jacques A. Bertrand m’a intéressée. On a appris beaucoup de choses sur les écrivains et sur la façon dont Jacques A. Bertrand a écrit ses livres. On a appris aussi beaucoup de choses sur sa vie. Il est gentil et intéressant. Lydie

 

La rencontre avec l’auteur Jacques A. Bertrand s’est bien passée. On a appris des choses pour devenir écrivain. Je n’ai aps été trop intéressée car je n’aime pas  lire et je suis assez nulle en français. Malgré que devenir auteur puisse être passionnant, je n’aime lire les livres que si je suis accrochée au début du livre, mais c’est rare. Faire un livre autobiographique n’est pas si passionnant car tu racontes ta vie et je trouve ça nul. Je n’écrirai jamais de livre autobiographique car ma vie est banale.  Carolane

 

Cette intervention était très bien. Cela m’a permis de rencontrer de nouveau cet auteur parmi d’autres. Il était très intéressant et il savait de quoi il parlait. On voyait qu’il avait confiance en lui. Quentin

 

Cette rencontre avec Monsieur Jacques A. Bertrand m’a beaucoup plu, je l’ai trouvée très intéressante, j’ai eu toutes les réponses aux questions que je me posais. J’ai aimé lire mon texte humoristique sur l’automobiliste et je pense qu’il a aimé. Je regrette qu’il ne soit pas resté plus longtemps et qu’il n’ait pas pris plus de temps pour discuter avec nous. Benjamin

 

 

 

 

Jacques A.Bertrand,

Les autres, c’est rien que des sales types,

Julliard

 

L’écrivain , cet « individu qui joue aux échecs avec les mots » est aussi un sale type, conclut Jacques A. Bertrand, qui vient de dire avec plaisir du mal de types aussi respectables que le commerçant,  le voisin, le médecin et l’agélaste (ne cherchez pas c’est celui qui ne rit jamais pour Rabelais). Mais comme l’a dit Joseph Folliet : « Heureux celui qui a appris à rire de lui-même : il n’a pas fini de s’amuser. »

Et le lecteur sensible à l’humour s’amusera à trouver sa vie caricaturée (ou caricaturale) à travers la lecture du portrait du conjoint. Car le maître ès-humour qu’est Bertrand nous dépeint une humanité plus vraie que nature qui vit en groupe et qui fait du tourisme. Il y a du Vialatte dans ces portraits qui ont déjà fait le bonheur des auditeurs des " Papous dans la tête ", sur France Culture.  Jeux de mots, citations et allusions subtiles et saugrenues titillent l’intelligence du lecteur qui appréciera l’esprit de l’auteur.

 

 

 

 

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